Dipty Chander

Dipty Chander travaille en tant que développeuse dans un grand groupe. Le langage informatique qu’elle manie au quotidien, elle l’utilise également pour faire bouger les lignes. À la tête de l’association E-mma depuis sept ans, elle promeut la diversité dans le numérique en rendant accessible le code au plus grand nombre. Son objectif ? Créer une société de demain plus inclusive.

Lorsqu’elle a annoncé à ses parents qu’elle voulait intégrer l’école Epitech, une référence dans la formation en expertise informatique, Dipty Chander s’est heurtée à quelques incompréhensions. Il faut dire que même sa conseillère d’orientation lui avait déconseillé de se lancer dans cette voie. « On m’a souvent répété que la Tech était réservée aux hommes » regrette Dipty. De ces freins, elle n’a pas fait une fatalité. Son parcours a forgé sa détermination au fil des années et a fait d’elle la femme engagée qu’elle est désormais.

Très tôt, Dipty Chander a su qu’elle voulait travailler dans ce milieu. Enfant, elle se rendait au cyber café de son quartier avec les quelques euros qu’elle avait en poche. Et puis lorsque sa grande sœur a dû s’équiper d’un ordinateur pour ses études de médecine, le champ des possibles de Dipty s’est élargi. « Je faisais des diaporamas de photos de famille et j’avais l’impression d’avoir hacké la NASA » se souvient-elle, amusée. Dipty a toujours été fascinée par la création de ce qui va rendre service aux utilisateurs. Et le cœur de son métier réside bien en cela : utiliser un langage informatique pour imaginer un produit ou une fonction qui permettra de résoudre un problème.

« Le rôle des parents est essentiel, ils peuvent être un accélérateur du changement comme ils peuvent le freiner. »

Ce changement, c’est en prenant la présidence d’E-mma en 2015 qu’elle a souhaité l’amorcer. Créée deux ans auparavant au sein d’Epitech, l’association était constituée d’un petit réseau d’étudiantes qui s’entraidaient. Dire qu’elles étaient minoritaires au sein de l’École serait un euphémisme. En effet, dans la promotion de Dipty, on comptait seulement 10 filles pour 500 étudiants. Soit quatre petits pour cent.
Dipty Chander a vu E-mma comme l’opportunité de faire évoluer la question de la diversité. Aujourd’hui, E-mma compte 500 développeurs, elle est présente dans une quinzaine de villes en France et s’étend à l’international.

Depuis 2013, E-mma a formé 130 000 enfants et adultes au code. Et le mouvement s’est accéléré lorsqu’ils ont lancé « Code at home » pendant la période du Covid. Les développeurs se sont rendu compte que les filles osaient davantage poser des questions lorsqu’elles étaient derrière leur écran. Ce manque de confiance, Dipty Chander veut le résoudre grâce à la formation : « ça permet de les rassurer quant à leur légitimité. » L’autre solution selon Dipty serait de ramener cela question de la diversité à un sujet économique afin que les hommes s’en emparent : « Même si ce n’est pas un sujet business et ça ne devrait pas l’être, il faut en profiter pour changer les choses. C’est maintenant qu’il faut aller chercher notre place dans des postes à responsabilité ». Car l’enjeu est colossal.

« En intégrant la diversité et la mixité dans les équipes, on créera des produits qui répondront aux besoins de la population dans son ensemble. »

Pour plus d’inclusivité, Dipty a mis en place un changement dans le processus de recrutement chez E-mma. Elle propose d’avoir systématiquement un panel mixte de candidats, des femmes, des personnes en situation de handicap : « En démarrant les entretiens avec ce groupe divers et non avec les hommes, on leur donne plus de chance d’être recrutés ».

À 27 ans, Dipty Chander incarne un rôle modèle. « Je veux montrer qu’on peut être une femme, n’avoir jamais touché une ligne de code avant d’avoir intégré Epitech, ne pas avoir les moyens financiers et réussir dans le Tech ». Son rêve est que chaque enfant dans le monde puisse, grâce à E-mma, avoir accès à l’éducation technologique. L’association travaille actuellement sur une plateforme pour que même dans le village le plus reculé, les plus jeunes puissent apprendre à coder gratuitement. Son ambition est de réussir à former un million de personnes d’ici 2024.

 

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