Il y a un peu plus de trois ans, Aurélien suivait notre formation Digital Painter avec l’envie de progresser en illustration numérique. Aujourd’hui, il concrétise un projet de longue haleine : la sortie de son premier roman graphique, L’Écho des sages, coécrit avec son frère Jean-Sully Ledermann. Dans cette interview, il revient sur son parcours, les compétences qu’il a développées au fil du temps et les deux années de travail nécessaires pour donner vie à cet univers mêlant narration, illustration et création sonore.
Ce qu’il faut retenir :
- Aurélien a suivi la formation Digital Painter sur Tuto.com il y a un peu plus de trois ans.
- Il souhaitait structurer sa pratique et progresser en illustration numérique.
- Accompagné par son mentor Nicolas Nguyen, il a gagné en méthode, en technique et en confiance.
- Avec son frère Jean-Sully Ledermann, il a consacré près de deux ans à la création du roman graphique L'Écho des sages.
Bonjour Aurélien. Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter et nous raconter ton parcours avant de te lancer sérieusement dans le digital painting ?
Bonjour Sophie. J’ai 38 ans, je suis graphiste de profession, avec une vraie sensibilité pour l’illustration et tout ce qui permet de créer de l’émotion et du lien avec le public. J’ai toujours été attiré par les visuels forts (visuel ou mentale) que l’on retrouve dans le cinéma, le jeu vidéo, la bande dessinée ou encore les romans… tout ce qui fait voyager.
Mon parcours n’a pas été linéaire. J’ai commencé dans l’imprimerie, où j’ai touché à toute la chaîne de production : gestion des impressions, façonnage… Ça m’a donné une vision très concrète et globale du monde graphique, pas seulement créative, mais aussi technique.
Comme beaucoup, j’ai débuté par le dessin traditionnel. C’était mon socle. Puis, petit à petit, j’ai ressenti le besoin d’aller plus loin, de créer des images plus immersives, plus construites. L’illustration est devenue à la fois un moyen de me démarquer, mais surtout une manière de créer des univers, de pouvoir faire partie de ces personnes qui contribuent à embellir ce qui nous entoure.
À l’époque, qu’est-ce qui t’a donné envie de suivre une formation 100 % en ligne en digital painting sur Tuto.com ? Tu avais déjà un objectif précis en tête ou c’était encore un peu flou ?
À ce moment-là, je voyais passer énormément de visuels impressionnants sur des plateformes comme ArtStation, Pinterest ou Instagram. Et je me suis dit : on est en 2022, il est temps de passer à la vitesse supérieure.
J’avais une tablette graphique qui prenait la poussière — mes premières tentatives n’avaient pas été très concluantes — mais je sentais qu’il y avait un cap à franchir. J’ai commencé à comprendre que le digital painting, surtout combiné à la 3D, pouvait m’ouvrir de nouvelles possibilités en termes de rendu, d’ambiance et de narration visuelle.
Quand j’ai découvert la formation Digital Painter sur Tuto.com, finançable avec le CPF, je me suis lancé avec une idée assez simple : progresser, structurer ma pratique, enrichir mon portfolio… et voir jusqu’où ça pouvait m’emmener.
Je n’avais pas un objectif ultra précis, mais j’étais sûr d’une chose : je ne pouvais qu’évoluer. Et la suite s’est construite à partir de là.
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Tu venais déjà d’un univers créatif avec une formation en design graphique et multimédia. Qu’est-ce que le digital painting t’a apporté en plus dans ta manière de créer ou de raconter des choses en image ?
Le digital painting m’a apporté une liberté que je n’avais pas avant.
Aujourd’hui, je peux partir d’un croquis traditionnel scanné et explorer plusieurs directions visuelles pour une même image : un rendu aquarelle, quelque chose de plus texturé, plus brut… et revenir en arrière si nécessaire. Cette flexibilité change complètement la manière de créer.
Le travail en calques, notamment sur Photoshop, permet vraiment de construire une image étape par étape, de tester sans avoir peur de “rater”. Même si, avec le temps, on apprend aussi à rester organisé pour ne pas se retrouver avec des fichiers ingérables. Les fameux fichiers à 300 calques. 😜
Il y a aussi toute la richesse des brushs. On en teste énormément, mais au final, on revient souvent à une poignée d’outils qui correspondent vraiment à notre sensibilité. C’est là que le style commence à se construire.
C’est à la fois un gain de temps, mais surtout un vrai levier pour développer sa créativité.
Tu as été accompagné par Nicolas Nguyen pendant ta formation. Quel souvenir gardes-tu du mentoring et en quoi cet accompagnement t’a aidé à progresser ou à prendre confiance dans ton travail ?
Le mentoring a vraiment été un point clé dans la formation.
Ce qui m’a le plus marqué, c’est la disponibilité et le regard extérieur. Quand on travaille seul, on peut vite manquer de recul, hésiter, ou rester bloqué sur certains points sans s’en rendre compte.
Avoir quelqu’un qui analyse ton travail, qui te fait des retours concrets, qui te pousse à aller plus loin… ça change tout. Ça permet d’éviter de perdre du temps et surtout de progresser de manière beaucoup plus ciblée.
Mais au-delà de la technique, ça m’a aussi aidé à prendre confiance dans ce que je faisais. Et ça, c’est essentiel quand on développe un projet personnel derrière.
Aujourd’hui, plusieurs années après la formation, tu sors ton tout premier roman graphique. À quel moment tu t’es dit : “Ok, ce projet, il faut vraiment que je le fasse” ?
Le déclic est venu assez naturellement, grâce à mon frère. Il suivait ce que je faisais pendant la formation et m’a dit un jour : “C’est vraiment cool ce que tu fais, j’ai pour projet de me remettre à écrire, pourquoi ne pas voir ça en grand et combiner les deux ?”
À ce moment-là, j’avais passé pas mal de temps sur mon projet de fin de formation Digital Painter. J’étais content du résultat, mais mon portfolio restait encore assez limité.
Je me suis donc posé une question simple : pourquoi ne pas créer un univers complet, plutôt que de faire des images isolées ?
L’idée du livre a commencé à germer. Le roman graphique s’est imposé comme une évidence : c’était le terrain de jeu idéal pour développer une histoire, travailler la narration visuelle, les ambiances, la lumière… et surtout construire quelque chose de cohérent de bout en bout.
Et puis il y avait aussi cette envie de faire un projet à deux. C’était une première collaboration avec mon frère, donc il y avait à la fois un défi créatif et une dimension plus personnelle.
À partir de là, ce n’était plus juste un exercice ou un portfolio. C’était devenu un vrai projet.
L’Écho des sages est présenté comme un thriller de science-fiction immersif, accompagné d’une bande audio originale. Comment est née cette idée assez unique de mélanger lecture, illustration et expérience sonore ?
Au départ, on voulait créer un format relativement accessible, avec une quarantaine de pages. Mais assez vite, on s’est rendu compte que pour des gros lecteurs, il manquait quelque chose pour aller plus loin dans l’expérience.
Comme on envisageait au début une campagne participative, on avait imaginé une bande audio comme bonus. Et naturellement, ça faisait sens, puisque mon frère est compositeur.
Puis l’idée a évolué : au lieu d’être un simple “goodie”, le son est devenu une partie intégrante du projet.
On s’est dit que si on poussait le concept jusqu’au bout, on pouvait proposer une expérience plus immersive, où le lecteur ne fait pas que lire, mais plonge réellement dans l’univers, avec l’image, le texte et la musique qui se répondent.
C’est comme ça qu’est né le projet tel qu’il existe aujourd’hui.
Ce projet est le fruit d’une collaboration entre toi et ton frère Jean-Sully Ledermann. Comment vous êtes-vous réparti le travail ?
On a abordé le projet de manière assez naturelle, en se répartissant les tâches en fonction de ce qui nous motivait le plus.
Mon frère s’est chargé de l’écriture et de toute la partie sonore, ce qui correspond totalement à son domaine. De mon côté, j’ai pris en charge l’illustration et la mise en page. Une gestion autonome de A à Z.
Mais en réalité, la direction artistique s’est construite à deux. Il écrivait certaines parties, j’illustrais ce que ça m’inspirait, et ensuite on ajustait ensemble. Parfois le texte évoluait pour mieux coller à l’image, parfois c’était l’inverse.
C’était un vrai dialogue créatif en continu.
Après, ça reste un projet exigeant, surtout qu’on travaillait dessus sur notre temps libre. Il fallait réussir à garder un rythme régulier sur la durée. Je fixais des sessions d’une à deux heures quasi quotidiennes par moment.
Quel a été le plus gros défi sur ces deux années de création ?
Le plus gros défi, ça a été de savoir s’arrêter.
Quand on travaille sur ce type de projet, on peut toujours améliorer, retoucher, recommencer… surtout quand on progresse en parallèle. Entre le début et la fin du livre, ma manière de travailler a évolué.
Du coup, il y avait toujours cette tentation de revenir en arrière pour harmoniser, ajuster, améliorer.
Le vrai défi, ça a été de trouver le bon équilibre : garder une cohérence globale tout en acceptant que certaines pages reflètent aussi une évolution. Et à un moment, se dire que le visuel est terminé.
Y a-t-il une illustration dont tu es particulièrement fier aujourd’hui ?
Oui, la scène du bunker détruit, avec la corde qui fait comme un fil d’Ariane visuel entre le plan le plus en avant et le plan le plus reculé.
C’est une image où j’ai particulièrement travaillé la lumière et l’ambiance. C’est aussi un moment où j’ai senti un vrai cap dans ma progression.
Elle représente bien l’univers du livre, à la fois dans l’ambiance et dans l’intention visuelle. Pour certains ce serait la scène urbaine avec ces tons chauds, brulants.
Avec le recul, quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui rêve de lancer un projet créatif personnel, mais qui n’ose pas encore se lancer ?
Le plus important, c’est de se lancer.
Ce n’est pas tant le projet final qui compte au départ, mais l’énergie, la régularité et l’amour qu’on met dedans. C’est ça qui permet d’avancer, de progresser. C’est grâce à cette passion que le rendu final s’en ressent.
Après, il faut garder à l’esprit : oui, ça demande du temps, de l’implication, et oui, ça demande aussi de réfléchir à la manière dont on va faire exister son projet.
Créer, c’est une chose. Le partager, le faire vivre, en est une autre. Mais si l’envie est là, il ne faut pas attendre. Ça ne peut être que du plus !
Au départ, c’était juste l’envie de mieux créer… aujourd’hui, c’est une histoire dans laquelle on peut entrer. J’espère que ce livre plaira autant qu’on a eu plaisir à le faire.
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