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Interview de Julien Pons
Graphiste freelance et contributeur sur Tuto.com

Daft Punk par Julien Pons

Bonjour Julien, peux tu te présenter en quelques mots?

Bonjour, Julien Pons, 27 ans (argh je suis vieeeeeeeeux), graphiste indépendant à Marseille. Mon activité est concentrée sur le webdesign flash et la création/relooking d'identité visuelle.

Quel est a été ton parcours pour devenir graphiste freelance?

C'est un parcours assez atypique puisque je n'ai pas fait d'études à proprement parler. Sur le plan technique, j'ai découvert le milieu de la PAO et du print en 1997 lors de mon premier stage aux Editions Mimosa à Montpellier. Je bricolais déjà un peu à la maison, mais c'est là bas que j'ai touché un MAC pour la première fois...avec Photoshop 3 ! J'ai ensuite poursuivi l'apprentissage des logiciels tout seul, tout en découvrant Internet l'année suivante. J'ai alors bifurqué tout de suite du print vers le webdesign, qui en 1998 en était encore à ses débuts. En 1999, j'avais ouvert un portail informatif très complet dédié au jeu très attendu de l'époque : Diablo 2.

Lors de la présentation de ce site lors d'un concours de webdesign organisé par France Telecom / Wanadoo, un chef de projet d'une web agency de Montpellier présent sur place m'a proposé de travailler pour lui, alors que je n'étais qu'au lycée. J'ai accepté, effectué un stage de 3 mois après mon BAC, ce qui m'a permis d'apprendre la gestion d'un projet web et le pipeline de production.

Il faut savoir que pendant ce temps, je produsais des images personnelles, certaines ayant un peu de succès sur des sites de wallpapers.

En 2001, j'ai été Lauréat de la Biennale des Jeunes Créateurs d'Europe et de la Méditerranée, une exposition d'art contemporain qui permet à plus de 20 pays du bassin méditerranéen d'afficher ses jeunes artistes. Grâce à l'appui médiatique de cette manifestation, ma première grosse commande de site web tombe; et j'ai décidé de me lancer en freelance tel que, à 19 ans. Je me disais, au pire si ça ne marche pas, je suis encore jeune, je pourrai toujours reprendre un circuit d'études...Et finalement je suis toujours freelance smile

Scheweppes a fait appel à toi (et à 2 autres artistes) pour designer une bouteille collector. Quelle a été ta démarche créative en ce qui concerne ta version?

Le brief était très ouvert. La seule contrainte était d'axer notre travail sur la lumière. A vrai dire, je ne me suis pas mis de barrière, j'ai réalisé la bouteille d'une manière très égoïste. En gros, j'ai réalisé la bouteille que j'aimerais voir en vrai. C'est pas tous les jours qu'on m'offre l'opportunité de fabriquer ma création avec un procédé industriel.

D'ailleurs vous remarquerez que je suis allé jusqu'à ne pas respecter la charte Schweppes sur le logo (qui doit être sur une forme jaune). Je me suis dit que j'allais aller sur du 0 concession, quitte à les choquer un peu, et qu'ils me fassent des retours...

Et puis finalement ils ont adoré ! Il n'y a eu aucune correction, même le logo Schweppes en blanc est resté pour mieux s'harmoniser avec le reste et surtout témoigner de l'aspect "collector" de l'objet. J'ai eu du mal à le croire, rarement un projet ne s'est aussi bien passé. Ils ont fait preuve d'une grande ouverture d'esprit pour nous laisser une telle liberté.

Schweppes bouteille collector

C'est la première fois que tu travaillais sur du packaging? En quoi cela est il différent?

Evidemment, le premier aspect est évident : le produit va exister "en vrai", en volume. Un site web ne s'affiche que sur un écran, on ne peut pas le toucher, le manipuler... Heureusement j'ai une formation print, et je continue via mes travaux d'identité visuelle à travailler en relation avec des imprimeurs.

Mais là le procédé utilisé est très spécial pour cette bouteille. Il s'agit d'une bouteille en verre, sur laquelle on va plaquer une sleeve, qui elle est imprimée en quadri, avec en plus l'ajout d'encres spéciales pour obtenir des effets. Par exemple sur Agrum', la bouteille réagira à la "lumière noire" en boite, et les blancs seront donc bleus. De plus un vernis nacré spécial fera "rayonner" les couleurs la nuit via cette même lumière noire. Le rendu est spectaculaire ! L'agence Extreme qui a piloté le projet de A à Z pour le client s'est donc chargé de l'exé print, ultime étape, car le cahier des charges techniques de ces bouteilles est incroyablement compliqué.

Au niveau de la création en elle même, j'ai été obligé de travailler sur une image à plat, en m'imaginant ce que ça donnait avec une bouteille en verre "nue" à côté.
Lorsque j'étais satisfait du résultat, je faisais un collage dans Photoshop pour incruster mon design à plat sur la bouteille détourée, au moins pour avoir un "aperçu".

Il aurait peut être été possible d'utiliser les fonction 3D de Photoshop CS4 pour peindre la bouteille en volume, mais les performances de cet outil sont loin de pouvoir faire façe à la réalité de la production : c'est beaucoup trop lent et peu fluide pour être utilisable. Alors on a fait ça à l'ancienne...

Je crois que c'est la première fois que tu t'essayais After Effects, le résultat est impressionnant, tu as un truc ou quoi?

Le clip sera diffusé dans une sélection de discothèques, bars, lieux partenaires dit "premium" de la marque Schweppes. Il fallait donc quelque chose qui lie le design des 3 bouteilles dans un projet global, tout en insistant sur leur identité propre. J'ai donc eu à créer la dernière partie de 30 secondes, consacrée bien entendu à Schweppes Agrum'.

Je me suis lancé dans un design à l'image de la bouteille, très coloré et festif avec beaucoup de jeux de lumières. L'essentiel du travail se décompose entre l'arrière-plan, des nuages animés avec un travail de couleur, et l'avant-plan, une sorte de "scène" virtuelle sur laquelle viennent s'afficher les différentes couches de la bouteille. Sur cette scène un tourbillon de particules prend vie petit à petit, jusqu'à l'apparition finale de la bouteille.

J'ai donc utilisé (et pas mal galéré) Trapcode Particular mais aussi CC Particle World pour gérer cette partie. En fait je n'ai pas de "trucs" particulier, c'est venu tout seul, étape par étape.

Tu enseignes à Art-FX, Ingémedia, tu es formateur pour formationvideo.fr, tu écris des bouquins pour ENI, d'où te vient ce besoin de partager ton expérience et ton savoir faire?

Tout est parti en 2002 de mon entrée dans l'équipe Studio Multimédia. Je me place des défis, que je relève marche par marche. Je me disais qu'après des articles dans un magasine ça serait bien d'écrire un bouquin, puis une fois le livre écrit, que ça serait bien de passer à des tutos vidéos, puis ensuite à de la formation "en vrai" dans des centres de formation; et comme le côté "éphémère" des formations pour salariés m'embêtait un peu, j'ai voulu enseigner dans une école, pour avoir un échange sur la durée avec les étudiants...et voilà !

Tu as également partcipé à l'aventure Studio Multimédia (ce mec est un couteau suisses wink ). Quel regard portes-tu sur la presse spécialisée aujourd'hui? Penses tu qu'elle va subir une révolution au même titre que marché de la musique?

L'aventure Studio Multimédia a été très importante pour moi, car j'ai vraiment appris plein de choses. Ca s'est mal terminé, car effectivement, la presse va mal. Et quand ça va mal, ceux qui ont le moins de moyens ne peuvent pas lutter. C'était le cas de Posse Press, un groupe indépendant, qui devait faire face à Future, qui gère Computer Arts.

Une partie du problème se situe biensûr dans la rapidité de circulation des informations sur le net. Pour avoir un tuto de qualité et complet, il suffit d'effectuer une recherche sur un moteur de recherche. C'est plus rapide qu'attendre 1 mois pour un magasine. Pareil pour les news. J'ai personnellement un univers Netvibes (http://www.netvibes.com/julienpons) dans lequel on trouve toutes les news dans tous les domaines (logiciels, webdesign, com visuelle, art contemporain...). Et dès qu'une news tombe, je peux la consulter. C'est très difficile pour un mensuel d'être aussi réactif.

Si la presse spécialisée doit changer, c'est pour s'adapter aux habitudes. Lire un magasine, ça demande moins d'effort que de se balader avec un ordi portable. Pour moi j'attends d'un mag sur le graphisme de traiter des tendances, d'avoir de vrais débats sur des problèmes de fonds. D'avoir du recul sur les styles. Un mensuel est adapté pour cela, pas pour essayer de coller à l'actu et aux effets de modes éphémères.

Un magasine qui propose des tutorials, souvent traduit de version anglaise dudit magasine (parfois avec plusieurs mois de retard), avec quelques news que l'on peut trouver sur le net, le tout pour 8 euros, à mon sens c'est juste du délire. Ce fonctionnement était peut être pertinent il y a 10 ans, mais je pense qu'il faut envisager quelque chose de radicalement différent.

Il y a déjà des projets qui montrent la voie, tel Canard PC (l'équipe de l'ancien et "vrai" Joystick, qui a quitté la rédac après le rachat par... Future) qui est maintenant bi-mensuel, dans un format plus petit, comme un mini journal, donc plus pratique surtout. Le ton est très décalé, mais leur rythme de parution leur permet de coller à l'actu, tout en ayant un certain recul. Le tout pour un prix inférieur à la moyenne. C'est vers ce genre d'initiative qu'il faut aller ! Et non pas en rester à des magasines chers, sur du papier de haute qualité (qui finira dans une poubelle de toute façon), dans des grands formats ch***** à transporter...

Creation Julien Pons

Tu touches également à la musique (via ton blog Finger In the Noise), y a til un domaine que tu n'as pas encore expérimenté?

J'ai très peu d'expérience en élevage de chèvres hmmm
Non plus sérieusement, cette première en packaging avec Schweppes m'a donné envie d'en faire plus dans ce milieu ! S'il y a des personnes dans la salle qui m'entendent...

Parlons un peu screencasting si tu le veux bien, comment enregistres-tu? Longue préparation ou impro Live?

La plupart du temps, c'est de l'impro live. Pour certains sujets très précis, ça m'est arrivé de bien préparer l'intervention, par exemple avec des outils un peu complexe.
Le DVD de retouche collector de formationvideo.fr cette année est une vraie, longue impro live, qui montre comment je travaille, sans tricherie. Dans les conditions du direct on va dire :P

Composition Julien Pons

Quel logiciel, quel matos?

Un Macbook Pro avec Screenflow. Screenflow est vraiment très impressionant. On peut aller jusqu'à screencaster un 24 pouces 1920x1200, et ça passe en 25 images par seconde niquel.
Et les possibilités de post-prod, pour rajouter des légendes, les raccourcis utilisés pendant la présentation, sont vraiment souples à utiliser. C'est vraiment beaucoup plus confortable (et moitié moins cher) que Camtasia sur PC !

Un ptit truc pour ceux qui veulent s'y mettre?

Je pense que le plus important est d'avoir une attitude détendue. Je ne supporte pas les tutorials où le formateur est ultra rigide et parle comme un robot. Tout en surveillant votre langage, essayez d'enregistrer la vidéo comme si vous expliquiez à quelqu'un qui est vraiment à côté de vous. Ca rend la formation plus humaine et plus chaleureuse. Et se tromper peut arriver à tout le monde, ne recommencez pas tout systématiquement parce que la gomme est allée 2 pixels trop à droite...

Tu as le mot de la fin...

Longue vie à Tuto.com ! Et vive Photoshop biensûr smile

composition de Julien Pons

 


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Sa biographie

Julien Pons est autodidacte en arts appliqués et spécialiste Photoshop depuis plus de 10 ans. Il est actuellement graphic & motion designer à Londres et Paris. Il travaille aussi bien pour les grands agences (Publicis, Euro RSCG, DDB, TBWA...) que pour les P.M.E. Ses domaines d'interventions sont le graphic design (identité visuelle), le motion design et la retouche photo (matte painting, mode/beauté). Il est aussi formateur pour l'école d'effets spéciaux Art FX (Montpellier) et sa filiale professionnelle Art FX Training (Paris, Marseille).